Note d’intention

Je me prends comme personnage principal, mais je souhaite construire non pas un récit héroïque, mais un récit-panier.

Le récit-panier est un récit du soin, de la répétition, de la saisonnalité, de la mémoire, de la collecte et de l’accumulation.

Je cherche une histoire qui ne soit ni grandiose ni spectaculaire, mais qui m’appartienne en propre, différente de celles des autres.

Comment raconter le récit d’une étudiante étrangère vivant seule dans un pays étranger ?

Quel récit construire, et comment le mettre en forme ?

Photographier chaque jour le repas que je prépare et en faire une archive ?
Non. Cela risquerait de ressembler à un blog culinaire ou à un simple journal alimentaire.

 

Je souhaite croiser deux dimensions : les repas que je prends chaque jour et mon expérience d’étrangère.

Je veux raconter le quotidien d’une étudiante vivant seule à l’étranger à travers le geste répété du repas solitaire.

Ce qui est important n’est pas tant la nourriture que le « chaque jour » et le « seule ».

Je souhaite donner à voir la sensation d’espace vide d’un appartement habité par une seule personne, le silence, et le temps qui s’accumule.

 

Développement de l’idée

Structure

La page ne montre que deux éléments : un réfrigérateur et une table.

En ouvrant le réfrigérateur, apparaît la liste des aliments qu’il contient, ainsi que leurs dates de péremption, leurs lieux d’achat, etc.

En sélectionnant la table, une date apparaît de manière aléatoire, accompagnée de la photographie du repas consommé ce jour-là.

Si l’on clique et maintient appuyée l’image, un court texte se révèle : une émotion, une phrase, un souvenir lié à ce jour.

Lorsque l’on clique sur la table, un son léger de vaisselle – un bruit de couverts qui s’entrechoquent – se fait entendre.

La table est placée au centre de l’écran, et l’espace vide autour d’elle est volontairement large, afin de souligner l’isolement et le silence.

Si certains repas se répètent à différentes dates, cela permettra de construire un récit de la répétition.

Les dates n’apparaissent pas de manière chronologique, mais de façon aléatoire.
Ainsi, le temps ne donne pas l’impression de s’écouler linéairement, mais plutôt de s’accumuler.

 

Ce ne sont pas seulement les ingrédients qui donnent sens au repas ; le repas accompli, lui aussi, redonne du sens aux ingrédients.

On cuisine avec des ingrédients pour préparer un plat, mais selon les événements de la journée et les émotions éprouvées, le sens de ce plat — et, avec lui, celui des ingrédients qui le composent — se transforme également.